Couvent Saint-François / Candie / Χάνδακα
Le couvent franciscain, le plus important de toute la province de Romanie, est situé à l’intérieur des remparts de Candie, au sud-est. La tradition raconte que saint François l’aurait lui-même fondé en 1219 lors de son voyage vers l’Égypte. Une hypothèse plus probable est celle d’une fondation par deux Franciscains candiotes, Petrus et Franciscus Gradonico, avant 1242. L’église conventuelle est décrite par les pèlerins comme la plus grande, la plus belle et la plus impressionnante église de la ville. Ils décrivent ses chapelles, son chœur, son orgue, sa crypte et, probablement, son jubé. Sa particularité architecturale, par rapport aux autres édifices mendiants de Crète, tient à la présence d’un transept et d’une chapelle du grand autel polygonale, ainsi qu’à ses dimensions supérieures aux autres édifices, notamment au niveau de la nef et du transept. Toutefois, le plan de l’église demeure incertain puisque l’église a été reconstruite, puis démolie en 1867 après le tremblement de terre de 1856. Le bâtiment devait suivre un plan basilical à trois nefs, avec un transept, et se terminer par une abside ou un chevet tripartite. Le style gothique a probablement côtoyé d’autres tendances architecturales introduites au fil des restaurations et décorations de l’édifice. L’église était couverte d’un toit en bois. À l’extérieur, la façade occidentale était ornée d’un portail sculpté : deux bustes – le Christ et un ange – sont aujourd’hui exposés au musée historique d’Héraklion. Au sud de la nef, l’église était flanquée d’un campanile et d’un bâtiment octogonal, sans doute un baptistère. L’église jouxte enfin la chapelle octogonale Santo Bernardino.
L’église attire les pèlerins par ses reliques christologiques – un morceau de la colonne de la Flagellation, des fragments des portes dorées de Jérusalem, un morceau de la Vraie Croix – et d’autres saints : le bras de saint Simon, le sang de saint Bernard, la tête de saint Stéphane ou encore le tibia de saint Laurent. Les pèlerins viennent également se prosterner devant une icône de la Vierge à l’Enfant attribuée à saint Luc et probablement peinte par un Grec. L’icône trônait dans la nef, près de la porte principale. L’archevêque Stella liste dix-huit autels, dont le grand autel, en 1625. Ces autels sont dédiés à des saints grecs et latins, à saint François et à saint Marc. Dans le contexte post-tridentin, on compte également des autels dédiés à François de Paule, Charles Borromeo ou encore l’Observant Diego d’Alcalá. Les chapelles devaient être disposées dans toute l’église, voire adossées aux murs de la nef. L’église est rénovée et redécorée suite au tremblement de terre de 1508. Tel qu’on peut le reconstituer, le paysage visuel de l’église devait comprendre des fresques – probablement la vie de saint François –, des icônes et des retables. La Sacra Conversazione, aujourd’hui visible aux Santi Giovanni e Paolo de Venise, y a été peinte. La décoration témoigne d’emprunts faits à la tradition locale mais elle manifeste aussi la capacité des religieux à importer des œuvres depuis Venise et à répondre aux goûts des patrons et des artistes sur la longue durée. Les bâtiments conventuels étaient probablement aussi décorés. Les documents notariés conservés à l’Archivio di Stato de Venise mentionnent une infirmerie et un dortoir. Au début de XVe siècle, le couvent compte au moins quinze religieux originaires d’Espagne, d’Allemagne, de Crète et des Pouilles. Avant 1431, le couvent passe sous l’autorité des Observants. La crypte est enfin un lieu d’inhumation prestigieux pour la noblesse latine de Candie.
L’édifice se maintient jusqu’à la conquête ottomane. En 1670, la communauté est transférée au couvent-île de Santo Spirito dans la lagune de Venise, jusqu’à sa suppression par Napoléon en 1806. Les Ottomans transforment l’église candiote en mosquée. Elle est démolie en 1867 après le tremblement de terre de 1856. Aujourd’hui, le site est occupé par le musée archéologique d’Héraklion. L’abside et le transept ont été excavés au début des années 2000 par l’éphorie d’Héraklion : les fondations visibles dans le jardin du musée datent probablement d’une seconde phase postérieure aux années 1340. Des fouilles sont toujours en cours sous le musée archéologique.
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