Palais du grand-maître, Rhodes
Construit sur l’acropole, c’est-à-dire sur le point le plus élevé du quartier du Collachium/Collac/Château, le Palais du Grand-Maître domine à la fois les ports et la ville ; occupant l’angle Nord-Ouest des murs, il offre un ultime refuge à la population citadine en cas d’attaque. Si le Palais repose sur les fondations du fort byzantin édifié à la fin du VIIe siècle, l’essentiel de sa construction appartient au XIVe siècle, selon l’écu armorié d’Hélion de Villeneuve (1319-1345) inséré à son aile méridionale ; après 1309, le Palais abrite la résidence du grand-maître et rassemble les services utiles à l’administration de l’ordre des Hospitaliers ; les restaurations consécutives au siège et au séisme des années 1480-1481 n’altèrent pas son aspect général. Il demeure cependant dans un état de quasi abandon à l’époque ottomane, accentué par les ravages du séisme de 1851, puis d’une explosion de munitions entreposées dans un magasin en 1856. L’édifice actuel est presque complètement reconstruit par les Italiens après 1912, avec une inauguration officielle en 1940. La structure du Palais de l’époque des Hospitaliers est recomposée à partir des descriptions laissées par les voyageurs, couplées aux travaux des historiens, des architectes et des archéologues.
Le Palais occupe une surface rectangulaire de 80 x 75 m, avec des bâtiments distribués autour d’une cour centrale de 50 x 40 m. Par son emplacement stratégique, il participe du système défensif de la ville, fixé à l’époque byzantine ; constamment renforcé, le Palais présente une silhouette massive avec l’agglomération de bâtiments d’époques distinctes ; son périmètre semble avoir été réduit à l’occasion des restaurations accomplies après 1480/1481, à l’initiative du grand-maître Pierre d’Aubusson (1476-1503). Une source datée de ces années suggère une répartition fonctionnelle des bâtiments : au Nord, le logement du grand-maître, au Sud, les appartements et le réfectoire de l’ordre, à l’Ouest, le siège des officiers et des secrétaires, à l’Est, les deux chapelles, l’ensemble du Palais étant accessible après le franchissement de quatre portes et de deux fossés (le petit fossé disparaît à la fin du XVe siècle).
Deux puissantes tours carrées, aux angles Nord-Ouest et Nord-Est, dominent le fossé ; elles sont reliées par un mur extérieur, qui délimite un espace sous lequel sont aménagées des salles souterraines. L’aspect massif et puissant caractérise également le mur de rempart sur les côtés Ouest et Sud ; une imposante tour carrée le renforce dans sa partie occidentale (cf. la lithographie d’Eugène Flandin en 1844), tandis que deux tours circulaires le flanquent dans la partie méridionale. Une ouverture latérale dans le mur occidental facilite un accès direct vers l’extérieur, par le biais d’un pont-levis ; cette ouverture était protégée par une haute tour étroite, désormais disparue, qui n’apparaît pas, non plus, sur les miniatures du manuscrit de Guillaume Caoursin, ce qui laisse supposer une construction de la fin du XVe siècle. Toujours sur le côté Nord-Ouest du Palais, fut aménagée une plateforme à partir de laquelle une batterie de canons pouvait atteindre le port de Mandraki ; en revanche, sur le côté oriental du Palais se développait le jardin du grand-maître, célèbre pour les animaux exotiques qui y couraient.
L’accès à la cour du Palais se réalise par un portail en arc brisé, à triples voussures, surmonté d’un caisson rectangulaire où sont sculptés les écus de la papauté et du grand-maître Hélion de Villeneuve ; le portail est protégé de deux tours semi-circulaires. Dans la cour, une dizaine de grands silos creusés servent au stockage de céréales et d’autres réserves alimentaires ; autour de la cour, quatre corps de bâtiments voûtés abritent des magasins et des communs. Trois niveaux de souterrains complètent les espaces fonctionnels du palais.
Depuis la cour, l’accession au premier étage se faisait au moyen d’un escalier conduisant à une terrasse installée sur les magasins ; à ce niveau, une salle d’audience de grandes dimensions, parée de colonnes de marbre gothiques et décorée de fresques représentant des scènes de combat (selon Rottiers) ; au même niveau, un réfectoire, peut-être une autre salle de réception, et d’autres pièces ayant pu inspirer le peintre du manuscrit de Caoursin, qui figure des pièces richement décorées de mobilier de bois sculpté de motifs gothiques, avec des murs tendus de tapisseries. À cet étage – ou au rez-de-chaussée – une chapelle dédiée à sainte Catherine et à sainte Marie-Madeleine contient plusieurs reliques (bras et main gauche de sainte Catherine, une épine de la couronne de Jésus). Sans doute installée dans l’aile orientale du palais, se trouve la vaste salle du Conseil, constituée de trois nefs divisées par deux rangées de colonnes ; elle précède les appartements du grand-maître. L’exploitation des miniatures du manuscrit de Caoursin apporte des éléments de réflexion complémentaires sur l’aménagement de plusieurs pièces du Palais, quelles que soient les distorsions provoquées par un reflet stylisé, partial.
Références : Guillaume Caoursin ; Rottiers 1828, pl. XVIII ; Rottiers 1830, pp. 150-153 ; Flandin 1858, pl. 21-24 ; Gerola 1913, pp. 197-199, 271 ; Gabriel 1923, pp. 5-12 ; Lojacono 1936 ; Κόλλιας 2007, pp. 143-164 ; Μανούσου-Ντέλλα 2008 ; Vaivre 2009 ; Vaivre 2011 ; Μανούσου-Ντέλλα 2021, pp. 321-335.
Guillaume Caoursin, Gestorum Rhodie obsidionis commentarii, Oratio de morte magni Turci, De casu regis Zizimi.
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