Église Saint-Nicolas / του Αγίου Νικολάου, Malagari / Μαλαγάρη
Située à Malagari, au nord-est de Perachora, en Corinthie, l’église Saint-Nicolas était le katholikon d’un monastère aujourd’hui abandonné. Édifié au XIIIe siècle, le monument, dont le vocable d’origine nous échappe, comporte une nef unique surmontée d’une coupole et dotée à l’ouest d’un narthex voûté, ajouté lors d’une seconde phase de construction. Cet espace conserve un décor peint commandé après 1260 par deux moines de la même famille, Sophronios et Dionysios Kalozoès. Leurs portraits et inscriptions votives témoignent de leur rôle central dans l’expansion et l’embellissement de l’église[1].
Sophronios Kalozoès apparaît dans l’arcade aveugle nord-ouest du naos. Introduit par la Vierge, il offre un rouleau, symbole de sa donation, au Christ de la Déisis. Face à lui, Dionysios Kalozoès est représenté sur l’embrasure orientale de l’arcade aveugle sud, aux pieds de saint Théodore Tiron. D’une main, il adresse un geste d’adoration vers le saint ; de l’autre, il agrippe son pied gauche. L’imposante Dormition de la Vierge, peinte dans l’arcade aveugle sud, et le Jugement dernier, tapissant les parois de la partie occidentale de l’église, évoquent la vocation funéraire du narthex. Cette interprétation a été confirmée par l’archéologie. En 2016, une sépulture contenant des ossements humains a été mise au jour sous le niveau du sol, lors de travaux de restauration menés par l’éphorie des Antiquités de Corinthe[2].
L’embellissement de l’église par les moines Sophronios et Dionysios Kalozoès s’inscrit dans une tendance générale touchant les territoires grecs sous autorité latine au XIIIe siècle et, plus largement, le monde tardo-byzantin : celle de l’implication du clergé orthodoxe, autant séculier que régulier, dans la fondation et la décoration d’églises rurales[3].
Le décor peint de Malagari reflète aussi les préoccupations des commanditaires. Ainsi, au-dessus de la tombe de Sophronios Kalozoès, une scène du Jugement dernier montre les morts se réveillant au son de la trompette de l’ange. En face, au-dessus de la sépulture de Dionysios Kalozoès, la personnification de la Mer porte un bateau à voiles abritant deux individus – une allusion probable à la proximité du golfe de Corinthe et à l’espoir d’une résurrection pour ceux qui ont disparu en mer.
[1] Sur cette église et son décor peint, voir Agrevi 2018. Sur le portrait votif de Dionysios Kalozoès, voir aussi Gerstel 2015, pp. 30-31, fig. 20, p. 143.
[2] Agrevi 2018, pp. 351, 354.
[3] Gerstel 2015, pp. 142-150. Sur le rôle des nonnes, voir plus particulièrement Gerstel, Talbot 2006.
Agrevi, Maria. « New Observations on the Katholikon of the Byzantine Monastery of Saint Nicholas at Malagari (Corinthia) and the Monks Sophronios and Dionysios Kalozoes », Revue des études byzantines, 2018, vol. 76, pp. 349-375.
Read online : https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-559...
Gerstel, Sharon E. J. Rural Lives and Landscapes in Late Byzantium: Art, Archaeology, and Ethnography. New York : Cambridge UP, 2015.
Gerstel, Sharon E. J. et Talbot, Alice-Mary. « Nuns in the Byzantine Countryside », Δελτίον Χριστιανικής Αρχαιολογικής Εταιρείας, 2006, vol. 27, pp. 481-490.
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