Auberge de France, Rhodes
Situé au milieu de la rue des chevaliers, sur son versant Nord, le prieuré de France a pris le nom d’Auberge de France au moment de sa restauration par Albert Gabriel à partir de 1911/1912. L’hôtel servait de lieu de réunion aux frères de la langue de France, tant pour les assemblées générales que pour y prendre leurs repas ; on y logeait également des hôtes de marque. Le prieuré, qui rassemble plusieurs bâtiments dont les identifications restent discutées, composait un des éléments de l’ensemble formant l’Auberge de France. Maurice Bompard, ambassadeur de France à Constantinople, achète le prieuré en 1911, puis l’offre à l’État français le 13 novembre 1913, alors que les premiers travaux sur la façade commencent sous la direction de Gabriel ; en témoigne la première plaque commémorative : Maurice Bompard / ambassadeur à Constantinople / a donné à l’État / cet édifice / témoin de la gloire / de la France en Orient / acquis par lui et restauré par / A. Gabriel architecte / A. Laffon étant consul à Rhodes / 1913.
L’immeuble principal – numéro 5 dans la nomenclature retenue par Gabriel – est en réalité composé de deux maisons réunies en 1503, selon un schéma qui confère au prieuré sa configuration actuelle ; il a conservé son rez-de-chaussée d’origine, alors que le premier étage a été profondément remanié à l’époque ottomane. L’entrée, par un portail en arc brisé, donne accès à un vestibule qui ouvre sur une cour à ciel ouvert pourvue d’un escalier conduisant à l’étage ; dix magasins voûtés, dont quatre sur rue, composent ce niveau ; un escalier secondaire, de petites dimensions, aménagé dans une des pièces situées à l’Ouest, permet d’accéder au niveau supérieur. Pour sa part, l’escalier central conduit à une galerie-portique plafonnée qui donne accès à une dizaine de pièces, dont quatre avec fenêtre sur façade ; deux pièces méridionales conservaient des gaines de cheminées et des traces de foyers. La couverture du bâtiment se présentait sous forme de terrasse, avec un parapet offrant deux séries de créneaux et de merlons, probablement d’époques différentes.
La façade du prieuré sur la rue des chevaliers a conservé la plupart de ses décorations d’origine ; son appareillage d’assises régulières lui confère une unité de style (cf. la lithographie d’Eugène Flandin en 1844). Les arcades du rez-de-chaussée sont couronnées d’un bandeau, dont le profil est différent de celui des cinq fenêtres rectangulaires du premier étage, étant constitué d’une moulure ornée d’une tresse. Chaque fenêtre de l’étage est couronnée d’une corniche sculptée qui retombe sur des consoles. Les éléments de décoration montrent une grande variété de motifs combinés, à base de rinceaux, de fleurs, d’entrelacs où apparaissent le cordon et les glands du chapeau cardinalice. Au-dessus des fenêtres, plusieurs corniches et corbeaux facilitent l’installation d’auvents ; quatre échauguettes et quatre gargouilles zoomorphes couronnent la façade, dont une imite une gueule de crocodile.
Plusieurs inscriptions et armoiries sculptées, insérées à la façade, dessinent une histoire du prieuré éclairée par les archives de Malte, selon la démonstration accomplie par Jean-Marc Roger en 2007, ensuite complétée des remarques de Jean-Bernard de Vaivre. L’édifice est commencé en 1492, à l’initiative d’Émery d’Amboise, grand prieur de France et futur grand-maître (1503-1512), qui en fait son hôtel particulier et aménage les pièces donnant sur la rue ; les travaux sont sans doute interrompus à mi-hauteur, puis repris en 1495. La maison adjacente de la partie occidentale, achetée par le sénéchal Philippe de Villiers l’Isle-Adam, est intégrée à l’immeuble d’origine en 1503, ce qui se traduit par le décrochement des bandeaux de façade. Six ans plus tard, la date sculptée à l’étage accompagne un cadre de trois écus, parmi lesquels celui de Pierre de Pons, prieur de France depuis le 24 mai 1508. Cette chronologie, relativement resserrée, explique l’homogénéité de style d’un bâtiment reflet de l’architecture rhodienne de la fin de la période hospitalière.
On sait encore que le 15 octobre 1511, avec l’accord des frères de la langue, Pierre de Pons cède à vie différentes maisons du prieuré au bénéfice de l’Isle-Adam, après que ce dernier ait acheté et donné au prieuré d’autres maisons contigües. Trois carrels de marbre insérés sur la façade du prieuré – sans doute déplacés au moment de sa restauration – sont frappés du millésime 1511 ; ils illustrent une fondation accomplie par l’Isle-Adam, suivant laquelle il répartit les revenus de magasins du rez-de-chaussée à trois effets distincts : à l’entretien de la lampe ardente devant l’icône de Notre-Dame de Philermos < POVR PHILERME >, aux charges afférentes au prieuré < POVR LA MAISON >, enfin à la satisfaction d’une messe des Cinq plaies du Christ, célébrée chaque vendredi < POVR LORATOIRE >.
Références : Rottiers 1828, pl. XXXXV ; Rottiers 1830, pp. 315-319 ; Flandin 1858, vol. 2, pp. 35-36, pl. 16-18 ; Vogüé 1860, pp. 381-382 ; Gerola 1914, pp. 279-281 ; Gabriel 1914 ; Gabriel 1923, vol. 2, pp. 39-55 ; Poutiers 1985 ; Pinon 2007 ; Roger 2007, p. 134-159 ; Vaivre 2007 ; Vaivre 2009a, pp. 343-345 ; Vaivre 2009b, pp. 325-329.
Flandin, Eugène. L’Orient, vol. 2. Paris : Gide et J. Baudry, L. Guérin, 1858, 39 + 50 pl. pp.
Read online : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1...
Gabriel, Albert. « L'auberge de France à Rhodes », L’illustration, journal universel , 24 janvier 1914, vol. 3700, pp. 55-56.
Gabriel, Albert. La cité de Rhodes, MCCCX-MDXXII. Vol. 2. Architecture religieuse et civile. Paris : De Boccard, 1923, vi + 240 + XLI pp.
Find the document : https://www.sudoc.fr/02470752X...
Gerola, Giuseppe. « I monumenti medioevali delle tredici Sporadi », Annuario della scuola archeologica di Atene, 1914, vol. 1, pp. 169-356.
Read online : https://www.scuoladiatene.it/dal-1914-al...
Pinon, Pierre. « Albert Gabriel et la restauration de l’Auberge de France à Rhodes », Bulletin Monumental, 2017, vol. 175/3, pp. 245-251.
Read online : https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473...
Poutiers, Jean-Christophe. « L’auberge de la langue de France à Rhodes. Architecture et héraldique », dans : Centre d'études historiques et archéologiques du Château du Barroux, Vaucluse (éd.), Guillaume de Villaret : des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, de Chypre et de Rhodes hier, aux Chevaliers de Malte aujourd'hui : actes [du colloque, du Barroux, 2-4 septembre 1983] , Paris : Conseil international de la langue française, 1985, pp. 91-113.
Find the document : https://www.sudoc.fr/001316370...
Roger, Jean-Marc. « Nouveaux regards sur les monuments des Hospitaliers à Rhodes. Bartholino da Castiglione, architecte de Pierre d’Aubusson, monuments dépendant de la langue de France, loge, chapelle Saint-Michel », Journal des Savants, 2007, pp. 113-170, 359-433.
Read online : https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_...
Rottiers, Bernard Eugène Antoine. Monumens de Rhodes. Bruxelles : Imprimerie de Tencé Frères, 1828, 75 pl. pp.
Read online : https://1886.u-bordeaux-montaigne.fr/s/1...
Rottiers, Bernard Eugène Antoine. Description des monumens de Rhodes. Bruxelles, 1830, 428 pp.
Read online : https://www.digitale-sammlungen.de/en/vi...
Find the document : https://www.sudoc.fr/233049606...
Vaivre, Jean-Bernard de. « Note sur la prétendue maison de Djem à Rhodes », Bulletin de la Société de l'histoire et du patrimoine de l'Ordre de Malte , 2007, vol. 19, pp. 77-85.
Find the document : https://www.sudoc.fr/040234916...
Vaivre, Jean-Bernard de. « Rhodes et ses monuments au temps des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Notes de travail », Bulletin Monumental, 2009, vol. 167/4, pp. 339-350.
Read online : https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473...
Vaivre, Jean-Bernard de. « Sur quelques monuments de Rhodes », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2009, vol. 153/1, pp. 323-387.
Read online : https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536...
Vogüé, Melchior de. Les églises de la Terre sainte. Paris : Librairie de Victor Didron, 1860, 463 + xxviii pl. pp.
Read online : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6...
Find the document : https://www.sudoc.fr/020313853...