Église de la Panagia Karmiotissa / της Παναγίας της Καρμιώτισσας, Kato Polemidia / Κάτω Πολεμίδια
L’église de la Panagia Karmiotissa est localisée au cœur d’un vallon situé sur la commune de Kato Polemidia, au nord de Limassol. Elle est jouxtée par un alignement de terrasses contemporaines réputé, selon la tradition orale, reprendre l’emplacement d’anciennes cellules monastiques. En amont, se trouve une source souterraine qui fait aujourd’hui l’objet d’une dévotion de la part des habitants des environs.
La date de fondation de l’église est incertaine dans la mesure où aucune source écrite ne nous renseigne sur la question. Néanmoins, certains éléments décoratifs de ses élévations, discriminants d’un point de vue typo-chronologique, permettent d’affirmer qu’elle ne peut avoir été fondée après le XIVe siècle. Bien que le monument ait été grandement remanié après le règne des Lusignan (1192-1474/1489), il constitue un précieux témoin architectural de l’époque franque dans la région de Limassol[1]. Servant aujourd’hui le culte orthodoxe, l’église pourrait avoir été, à l’origine, un édifice latin, comme le suggèrent sa dédicace (« Karmiotissa ») et son chevet plat. Ce dernier, correspondant à une morphologie particulièrement atypique à Chypre, invite nécessairement à s’interroger sur l’identité des fondateurs.
Au début des années 2020, le Centre d’Excellence Eratosthène (CuT) produisit un modèle BIM regroupant l’intégralité de la documentation acquise sur le site : relevés photogrammétriques, prospections géophysiques, photographies anciennes et récolements bibliographiques[2]. Ce modèle a constitué une base solide pour l’élaboration d’un projet de fouilles pluriannuel porté par le Laboratoire d’Archéologie Médiévale et Moderne en Méditerranée (CNRS, UMR 7298), dont la vocation est de mieux renseigner les origines et le développement de l’occupation humaine au sein du vallon.
Depuis 2023[3], deux campagnes d’investigations sédimentaires ont été menées. Au total, trois sondages ont été ouverts : deux à hauteur des terrasses contemporaines et un à l’arrière du chevet de l’église. Au cœur des terrasses, plusieurs sols particulièrement riches en mobilier archéologique ont été repérés. Le corpus céramique collecté a permis de mettre en évidence une occupation dense se développant sur le temps long et remontant, pour les niveaux les plus anciens, au XIIIe siècle ; invitant ainsi à questionner la datation de l’église[4]. Trois murs en pierre sèche parallèles ont été mis au jour dans cette zone, ainsi que plusieurs foyers et une structure d’acheminement des eaux. Ces vestiges, datés de la période franque, évoquent un secteur lié à une activité domestique.
À l’arrière du chevet, plusieurs murs en terre, associés à une série de trous de poteaux, ont été identifiés, suggérant la présence d’architectures en matériaux périssables plus tardives constituées d’un assemblage de terre et de bois. Ces éléments scellaient une succession de fins niveaux d’occupation associés à l’aménagement de fosses. Les dimensions et l’orientation est-ouest de ces dernières tendent à indiquer qu’il pourrait s’agir d’un groupe de sépultures dont la vidange trahirait des pratiques funéraires spécifiques qui appellent de futures recherches. Enfin, environ 2 m sous le niveau de circulation actuel, un escalier semi-rupestre orienté en direction de l’église a été découvert. Cette composition d’ensemble atteste du potentiel archéologique du site, amené à faire l’objet d’investigations complémentaires dans les années à venir[5].
[1] Enlart 1899, vol. 2, pp. 456‑460 ; De Vaivre (éd.) 2012, pp. 316‑319 ; Olympios 2015, pp. 416-422 ; Kaffenberger 2020, vol. 1, pp. 69‑70.
[2] Themistocleous et al. 2022.
[3] Pour les résultats de la première campagne, voir Hoffelt, Anayiotos, Nicolaïdès, Themistocleous 2025.
[4] François, 2024.
[5] Hoffelt, Anayiotos, François, Nicolaïdès, Roger, Themistocleous 2024.
Enlart, Camille. L’art gothique et la Renaissance en Chypre. Paris : E. Leroux, 1899.
Voir en ligne : https://1886.u-bordeaux-montaigne.fr/s/1...
Hoffelt, Margot et Anayiotos, Andreas , Nicolaïdès, Andréas et Themistocleous, Kyriakos. « Le site de la Panagia Karmiotissa : premiers résultats d’une fouille binationale », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, 2025, vol. 55, pp. 47-62.
Voir en ligne : https://doi.org/10.4000/151bt...
Hoffelt, Margot et Anayiotos, Andreas et François, Véronique et Nicolaïdès, Andréas , Roger, Audrey et Themistocleous, Kyriakos. Panagia Karmiotissa. Káto Polemídia. Archaeological campaign (Oct. 2023-Nov. 2023). Aix-en-Provence, 2024.
Kaffenberger, Thomas. Tradition and Identity. The Architecture of Greek Churches in Cyprus (14th to 16th Centuries). Wiesbaden : Reichert Verlag, 2020.
Themistocleous, Kyriakos et Ioannides, Marinos et Tryfonos, George et Pritchard, Douglas et Cliffen, Harriet et Katiri, Maria et Joncic, Nenad et Osti, Giulia et Rigauts, Thomas , Ripanti, Francesco et Anayiotos, Andreas. « HBIM for cultural heritage: the case study of Panayia Karmiotissa church », dans : Proceedings SPIE 12268, Earth Resources and Environmental Remote Sensing / GIS Applications XIII, 122680B (26 October 2022), , 2022.
Voir en ligne : https://doi.org/10.1117/12.2636331...
Vaivre, Jean-Bernard de (éd.). Monuments médiévaux de Chypre : photographies de la mission de Camille Enlart en 1896. Paris : Association des Amis du Centre d'Histoire et Civilisation de Byzance, 2012.